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Face à Palantir, Thales lance HexaForce pour une IA de commandement militaire souveraine

Né du programme français Arcadia, le logiciel HexaForce de Thales veut offrir à l'Otan une alternative souveraine au système Maven de Palantir.

Image d'illustration — tableau de bord d'un système de communication militaire
Image d'illustration — tableau de bord d'un système de communication militairePhoto : Ries Bosch / Unsplash

Depuis août 2025, des militaires de l'Otan s'entraînent sur MSS NATO, un logiciel de commandement et de contrôle fondé sur l'intelligence artificielle et développé par l'américain Palantir dans le cadre du projet Maven du Pentagone. Mais certains membres de l'Alliance s'inquiètent de la dépendance que cela crée envers les États-Unis — et la France a discrètement construit sa propre réponse : Arcadia, désormais commercialisée par Thales sous le nom HexaForce.

Arcadia, la réponse française à Maven

Le projet est né au ministère des Armées sous le nom Artemis.IA, confié à Athea, coentreprise de Thales et d'Eviden (filiale d'Atos). Selon le général Patrick Justel, alors major général de l'armée de Terre, cité par Defense News et relayé par Zone Militaire, le système a déjà été testé lors des exercices Dacian Fall et Orion 26, avant un déploiement prévu lors des manœuvres CWIX de l'Otan. Arcadia repose sur trois couches : une infrastructure physique de serveurs sécurisés et de data hubs avancés, la gestion des données opérationnelles issues de capteurs, drones et satellites, et des applications d'IA chargées de les traiter.

« Arcadia est notre réponse à Maven », a résumé le général Justel, pointant les enjeux de souveraineté numérique et d'interopérabilité : contrairement à ce qu'exige l'Otan, le système Maven de Palantir n'a pas été conçu pour être conforme aux normes FMN (Federated Mission Networking) de l'Alliance — ce que l'entreprise américaine conteste.

100 000
Combattants pris en charge par la planification haute intensité d'HexaForce
100 à 1 000
Objectifs de ciblage traités par jour, visés par les phases d'expérimentation

HexaForce, la version commerciale pour l'Otan

Le 17 septembre, s'appuyant sur le retour d'expérience d'Arcadia, Thales a présenté HexaForce, décrit comme un « système souverain de commandement militaire augmenté par l'IA » destiné à l'Otan et aux pays alliés. Déjà testé lors de l'exercice Otan CWIX 2026, le système s'appuie sur des grands modèles de langage et de l'IA agentique pour réduire les temps de planification, enrichir la compréhension du théâtre d'opérations et accélérer la prise de décision — avec l'ambition de monter en charge jusqu'à 1 000 objectifs de ciblage identifiés par jour, contre une centaine actuellement.

Patrice Caine, PDG de Thales, se garde toutefois de présenter HexaForce comme un simple concurrent frontal : « L'Otan a d'importants besoins. Palantir ne représente qu'une toute petite partie de la solution. Il y a plusieurs appels d'offres en cours [...] telle qu'HexaForce et d'autres proposées par des concurrents. » Reste à savoir combien de membres de l'Alliance, après avoir adopté Maven « faute de mieux » selon les mots mêmes du général Justel, choisiront de basculer vers une alternative européenne désormais disponible sur le marché.

Une bataille industrielle qui dépasse un seul logiciel

Le lancement d'HexaForce s'inscrit dans une offensive plus large de la base industrielle de défense française pour réduire la dépendance de l'Europe aux technologies américaines. Thales a par ailleurs annoncé une alliance avec Naval Group autour de l'IA souveraine, tandis que plusieurs services de renseignement et armées européennes cherchent, selon des propos recueillis par BFMTV, à se défaire des logiciels américains sur leurs systèmes les plus sensibles. Un rapport sénatorial publié cet été a par ailleurs averti que la France n'était pas prête pour la guerre des drones, rappelant que la bataille des logiciels de commandement n'est qu'un volet d'un rattrapage technologique plus vaste face aux États-Unis et à la Chine.

Le choix d'un système de commandement n'est jamais seulement technique : il engage, pour des années, l'architecture de données et les habitudes de travail des états-majors qui l'adoptent. C'est précisément ce qui rend la bataille entre Maven et HexaForce aussi stratégique que commerciale — chaque pays membre de l'Otan qui bascule vers l'un ou l'autre système renforce, pour longtemps, l'écosystème industriel qui le soutient.

Pour l'instant, aucun pays de l'Alliance n'a officiellement annoncé de bascule complète vers HexaForce : le système sort à peine des phases d'expérimentation et doit encore convaincre au-delà du cercle des armées françaises qui l'ont testé. Mais la dynamique est enclenchée, et elle dépasse le seul duel entre deux logiciels : c'est la question de savoir qui, des Européens ou des Américains, fixera les standards des outils d'IA sur lesquels l'Otan s'appuiera pour planifier et conduire ses opérations dans la décennie qui vient.