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EUCLYD lève 200 millions pour un silicium IA « exascale » à très basse consommation

La deeptech néerlandaise EUCLYD boucle une série A de plus de 200 M€ avec Samsung. Objectif : casser le mur d'efficacité énergétique de l'IA avec une puce agentique.

Image d'illustration — gros plan macro sur un wafer de silicium
Image d'illustration — gros plan macro sur un wafer de siliciumPhoto : Laura Ockel / Unsplash

Le nerf de la guerre de l'IA n'est plus seulement le modèle : c'est la puce qui le fait tourner, et l'électricité qu'elle engloutit. C'est sur ce front que la deeptech néerlandaise EUCLYD vient de frapper fort, en annonçant le 15 septembre une série A de plus de 200 millions d'euros. Une somme rare pour un tour d'amorçage industriel en Europe, et un signal : le continent qui a longtemps regardé Nvidia depuis les tribunes tente de se doter de son propre matériel pour l'ère des agents.

Une puce pensée pour l'IA agentique, pas pour l'entraînement massif

Installée sur le High Tech Campus d'Eindhoven, berceau historique de Philips et d'ASML, EUCLYD développe une infrastructure de calcul « ultra-efficiente » dédiée aux modèles de fondation. L'entreprise met en avant deux produits. Le premier, Craftwerk, est présenté comme « le premier silicium IA agentique au monde » — une puce conçue pour exécuter des agents autonomes plutôt que pour l'entraînement brut. Le second, la Craftwerk Station CWS, est décrit comme « l'usine à IA exascale la plus économe en énergie au monde ».

La promesse technique tient dans un mot : la co-conception. Plutôt que d'empiler des accélérateurs génériques, EUCLYD combine un calcul ASIC programmable, une co-conception processeur-mémoire et une optimisation au niveau système. Le pari est que le rendement énergétique ne se gagne pas en optimisant chaque composant isolément, mais en concevant ensemble la puce, la mémoire et le logiciel qui les orchestre — l'exact opposé du modèle dominant, où l'on assemble des briques standardisées. L'objectif est de s'attaquer au goulet d'étranglement réel de l'IA en production : non pas la puissance de calcul en soi, mais l'énergie et le coût par requête une fois le modèle déployé à grande échelle. À l'heure où les data centers d'IA font grimper la facture électrique et tendent les réseaux, ce déplacement du curseur vers l'efficience n'est pas qu'un argument technique : c'est un argument économique et politique. Le fondateur et PDG, Bernardo Kastrup, résume l'enjeu sans détour.

« L'IA devient un fondement de la croissance économique, de la découverte scientifique et de la compétitivité nationale, mais son potentiel restera bridé tant que nous n'aurons pas transformé en profondeur l'infrastructure qui la sous-tend. »

Bernardo Kastrup, PDG et cofondateur d'EUCLYD

Samsung en tête, l'ombre d'ASML au conseil

La composition du tour de table en dit long sur les ambitions. Il est codirigé par Samsung, le fonds britannique Somerset Capital Partners, le Scaleup Europe Fund géré par EQT et Innovation Industries, avec la participation d'EIFO (l'agence danoise de crédit export), d'imec.xpand, de l'agence de développement du Brabant (BOM) et de Quadri. La présence de Samsung, l'un des trois grands fondeurs mondiaux, ancre EUCLYD dans une chaîne d'approvisionnement crédible — un point critique quand on prétend produire du silicium de pointe.

200 M€
Montant de la série A (annoncé)
1
Fondeur de premier plan au tour de table : Samsung
2
Cofondateurs : Bernardo Kastrup et Atul Sinha

Surtout, l'entreprise a débauché une caution industrielle de tout premier ordre : Peter Wennink, ancien PDG d'ASML — le champion néerlandais qui détient le monopole mondial des machines de lithographie EUV indispensables aux puces les plus avancées —, rejoint EUCLYD comme président du conseil d'administration. Difficile d'imaginer signal plus fort pour un projet de silicium européen. Cofondée par Kastrup et Atul Sinha, EUCLYD s'inscrit ainsi dans l'écosystème matériel qui gravite autour d'Eindhoven, là où se concentre déjà une part décisive du savoir-faire européen en semi-conducteurs.

Le maillon qui manquait à l'autonomie européenne

L'annonce prend tout son sens replacée dans le contexte du moment. L'Europe multiplie les initiatives pour ne plus dépendre entièrement du matériel américain : la Commission a lancé un appel à projets pour des gigafactories de calcul censé mobiliser plus de 30 milliards d'euros, et des acteurs comme Mistral construisent la couche modèle. Mais sans silicium souverain, cette pile reste bâtie sur des fondations importées. EUCLYD vise précisément ce maillon manquant.

Reste la marche à franchir, immense. Concevoir une puce est une chose ; la produire à l'échelle, la faire adopter par les développeurs et rivaliser avec l'écosystème logiciel de Nvidia — sa vraie douve — en est une autre, autrement plus ardue. Les 200 millions financent l'amorçage, pas la victoire. Mais dans une industrie où le coût énergétique de l'inférence devient le facteur limitant, une puce qui promet l'exascale « à la plus basse consommation au monde » n'est pas une promesse anodine. Si elle tient, elle change l'équation économique de l'IA déployée — et donne à l'Europe une carte qu'elle n'avait pas.