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MCP, A2A : la plomberie des agents IA se range sous une même autorité neutre
Les deux standards qui font dialoguer les agents IA convergent sous la gouvernance de la Linux Foundation. Un signal de maturité — et une carte à jouer pour les développeurs européens.

Un agent IA seul ne vaut pas grand-chose ; sa valeur naît de ce à quoi il se connecte. Pendant deux ans, cette connectique a été un champ de bataille de formats propriétaires. L'été 2026 acte l'inverse : les deux protocoles qui structurent l'économie des agents convergent désormais sous une gouvernance neutre, celle de la Linux Foundation. Pour un secteur qui vend de l'autonomie, c'est un aveu paradoxal et sain — la véritable autonomie suppose des standards partagés que personne ne contrôle seul.
Deux protocoles, deux fonctions complémentaires
La confusion est fréquente, alors clarifions. MCP, le Model Context Protocol, relie un agent à des outils, des données et des systèmes : c'est la prise qui branche le modèle sur le monde. A2A, pour Agent2Agent, gère un tout autre problème : la collaboration entre agents indépendants, au-delà des frontières organisationnelles. La lecture officielle partagée par Google, Microsoft et Salesforce est limpide : MCP pour les capacités, A2A pour la coopération. Les deux sont complémentaires, pas concurrents.
La consolidation sous la Linux Foundation
Le mouvement de fond, c'est la mise sous tutelle neutre. Anthropic a cédé MCP à la nouvelle Agentic AI Foundation (AAIF), créée sous l'égide de la Linux Foundation le 9 décembre 2025. La fondation héberge aussi goose, contribué par Block, et le format AGENTS.md, poussé par OpenAI — trois briques d'infrastructure ouvertes réunies sous un même toit. Ses membres fondateurs alignent les rivaux d'ordinaire irréconciliables : Amazon Web Services, Anthropic, Block, Bloomberg, Cloudflare, Google, Microsoft et OpenAI.
De son côté, A2A, confié directement à la Linux Foundation, a franchi le cap de plus de 150 organisations contributrices en un an, avec 22 000 étoiles sur GitHub et un SDK décliné en cinq langages de production. La couche protocolaire de l'économie des agents se range ainsi, morceau par morceau, sous une même autorité indépendante.
Ce choix n'a rien d'anodin. Confier un protocole à une fondation neutre, c'est renoncer à en faire un levier commercial : plus personne ne peut modifier unilatéralement la spécification, imposer une redevance ou fermer l'accès du jour au lendemain. Pour des rivaux comme Anthropic, Google et OpenAI, l'intérêt est pourtant convergent — un standard adopté par tous vaut mieux qu'un format propriétaire que personne n'ose intégrer par peur de l'enfermement. C'est la même logique qui a fait le succès de HTTP ou de Kubernetes : la neutralité de la gouvernance est précisément ce qui débloque l'adoption de masse, parce qu'elle transforme un actif stratégique en bien commun sur lequel chacun peut bâtir sans arrière-pensée.
« Les agents IA ne valent que par leur capacité à collaborer, et l'adoption par plus de 150 organisations traduit l'enthousiasme pour un protocole ouvert. »
Rao Surapaneni, VP & GM Business Applications Platform, Google CloudPourquoi cela compte pour l'Europe
À première vue, l'affaire semble américaine : Anthropic, Google, OpenAI, la Linux Foundation. C'est justement pour cela qu'elle mérite l'attention côté européen. Un standard sous gouvernance neutre est un standard sur lequel on peut bâtir sans se lier à un fournisseur — l'exact opposé du risque de plateforme qui a valu à plusieurs entreprises de mauvaises surprises cet été. Pour un éditeur français d'agents, adopter MCP et A2A, c'est garantir que ses briques resteront interopérables même si un géant change sa politique commerciale.
L'enjeu rejoint directement les paris de souveraineté du continent. Quand Mistral pousse sa recherche agentique pour dépasser le RAG classique, la valeur de sa proposition dépend en partie de sa capacité à s'interfacer proprement avec l'écosystème d'outils et d'agents environnant — donc à parler MCP et A2A. Les standards ouverts sont, en ce sens, un allié de la souveraineté : ils permettent de composer une pile européenne sans réinventer la connectique, et sans dépendre du bon vouloir d'un acteur unique.
Ce qui reste à écrire
La convergence des protocoles ne règle pas tout. Des travaux de recherche récents pointent les angles morts de gouvernance que MCP, A2A et leurs cousins n'expriment pas encore : identité des agents, traçabilité des responsabilités, sécurité aux frontières de confiance. Autant de chantiers où une contribution européenne — technique et normative, en cohérence avec l'AI Act — aurait tout son sens. La plomberie est en train de se standardiser ; reste à décider qui écrira les règles de sécurité qui circulent dedans.