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La Chine vise 9 800 exaflops de calcul IA en 2030 et parie sur ses propres puces

Le 15e plan quinquennal chinois cible une capacité de calcul intelligent multipliée par six d'ici 2030, financée par 3 800 milliards de yuans et des puces domestiques.

Image d'illustration — vue nocturne de Shanghai.
Image d'illustration — vue nocturne de Shanghai.Photo : Zhou Xian / Unsplash

Pendant que l'Europe débat de sa souveraineté numérique, Pékin publie des chiffres. Le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) a rendu public le 7 septembre son 15e plan quinquennal pour le secteur de l'information et des communications, couvrant la période 2026-2030. L'objectif central donne le vertige : porter la capacité de calcul intelligent du pays à 9 800 exaflops d'ici 2030, contre une base de 1 590 exaflops en 2025. Une multiplication par plus de six en cinq ans, adossée à 3 800 milliards de yuans d'investissement cumulé dans les infrastructures.

Un objectif chiffré, daté et financé

Ce qui frappe dans le document chinois, c'est sa granularité. Là où les stratégies européennes énoncent des ambitions, le plan du MIIT aligne des cibles vérifiables. La capacité de calcul intelligent doit atteindre 9 800 exaflops ; la capacité de stockage avancée, 1 700 exaoctets, contre 540 en 2025. Le plan fixe même une cible d'efficacité énergétique — un PUE (Power Usage Effectiveness) inférieur à 1,2, contre 1,25 aujourd'hui — et un taux d'utilisation des baies déjà mesuré à 71,4 % en juin 2026.

La trajectoire est d'autant plus crédible que la base de départ progresse à vive allure. Fin juin 2026, la capacité de calcul intelligent chinoise atteignait déjà 2 185 exaflops en précision FP16, en hausse de 177 % sur un an, et environ 2 450 exaflops fin juillet. Autrement dit, la Chine ne part pas d'une feuille blanche : elle formalise et accélère une dynamique déjà engagée.

9 800
Exaflops de calcul intelligent visés en 2030
1 590
Exaflops en 2025 (base de départ)
2 185
Exaflops atteints fin juin 2026
3 800 Mds
Yuans d'investissement cumulé sur cinq ans

Le pari des puces domestiques

L'élément le plus stratégique du plan tient en une phrase : Pékin appelle à « de plus grands efforts pour adapter les infrastructures aux puces de calcul produites sur le sol national ». Derrière la formule technique se joue la réponse chinoise au durcissement des contrôles américains à l'exportation. Privée d'accès garanti aux GPU haut de gamme de NVIDIA, la Chine choisit de bâtir sa montée en puissance autour de son propre silicium — Huawei, Cambricon et consorts.

Ce choix a un coût : les puces domestiques restent moins performantes que les meilleures références américaines, ce qui oblige à compenser par le volume et par l'optimisation logicielle. Mais il transforme une contrainte en doctrine industrielle. En intégrant l'adaptation aux puces nationales dans un plan d'État chiffré, Pékin envoie un signal à toute sa filière : le marché de plusieurs milliers d'exaflops à construire d'ici 2030 est réservé, de fait, aux fondeurs locaux. C'est une politique industrielle que ni Washington ni Bruxelles ne pratiquent avec cette clarté.

L'Europe joue une autre partition

La comparaison avec l'Europe est instructive, non pour désigner un vainqueur, mais pour éclairer deux modèles. Le continent européen a annoncé sa propre stratégie de calcul — gigafactories d'IA et centaines de milliards mobilisés —, mais sous une forme plus décentralisée, mêlant fonds publics, acteurs privés comme Mistral et dépendance persistante aux puces américaines. Là où la Chine impose une trajectoire d'État verticale, l'Europe compose avec le marché et avec ses règles de concurrence.

Cette différence de méthode se double d'une différence de nature du problème. Pour la Chine, le goulet d'étranglement n'est plus tant l'énergie que l'accès aux semi-conducteurs de pointe ; pour l'Europe, c'est l'inverse — le foncier et l'électricité pèsent autant que le silicium. Le plan du MIIT rappelle surtout une chose aux capitales européennes : dans la course au calcul, ce qui n'est pas chiffré, daté et financé reste une intention. Le document chinois ne se limite d'ailleurs pas au calcul : il fixe aussi des objectifs de couverture 5G, de haut débit gigabit et de connexions à l'internet des objets, signe que Pékin traite l'IA comme une brique d'un édifice numérique plus large, et non comme un chantier isolé. Reste à voir si les 9 800 exaflops promis se matérialiseront — les plans quinquennaux chinois affichent régulièrement des cibles ambitieuses que la réalité industrielle ne rejoint qu'en partie, et la seule capacité brute ne garantit ni l'efficacité des modèles ni leur adoption réelle par l'économie.