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Data centers : la France a promis 93 milliards, reste à les brancher

SoftBank, Brookfield, MGX, Ardian : les engagements pour des centres de calcul en France s'empilent. Le vrai défi n'est plus l'argent, c'est l'électricité.

Image d'illustration — allée de serveurs et câblage dans un centre de données.
Image d'illustration — allée de serveurs et câblage dans un centre de données.Photo : Taylor Vick / Unsplash

Il y a un moment où l'annonce cesse d'impressionner et où seule compte la mise en service. La France en est là avec ses centres de calcul. Au sommet Choose France, le 1er juin à Versailles, le pays a récolté un record de 93 milliards d'euros d'engagements d'investissement et plus de 15 000 emplois annoncés, avec les infrastructures numériques et l'IA en vedette. Deux mois et demi plus tard, la vraie question n'est pas de savoir si l'argent viendra : c'est de savoir combien de ces gigawatts promis finiront réellement raccordés au réseau — et à quel horizon.

SoftBank, le pari à 75 milliards

La pièce maîtresse porte un nom japonais. SoftBank prévoit jusqu'à 75 milliards d'euros pour bâtir environ 5 gigawatts de capacité de centres de données dédiés à l'IA en France. La première phase, chiffrée à 45 milliards, viserait 3,1 gigawatts dans les Hauts-de-France à l'horizon 2031 — présentée comme le plus gros investissement d'infrastructure IA jamais annoncé en Europe. Un chiffre à mettre en perspective : 5 gigawatts, c'est l'ordre de grandeur de plusieurs réacteurs nucléaires. On ne parle plus de bâtiments, mais d'un appétit électrique à l'échelle d'une région.

93 Md€
Engagements annoncés à Choose France 2026
75 Md€
Projet SoftBank en France (jusqu'à 5 GW)
45 Md€
Première phase SoftBank (3,1 GW, Hauts-de-France, d'ici 2031)
15 000+
Emplois annoncés au sommet

Un empilement d'engagements

Autour de ce pilier, les promesses se sont accumulées. Brookfield a annoncé 10 milliards d'euros supplémentaires, portant ses engagements en France à 30 milliards. Le fonds émirati MGX, associé à Bpifrance, évoque environ 7,5 milliards pour un second site de centres de calcul. Ardian et Verne mettent 5 milliards sur un campus en Île-de-France ; d'autres acteurs, de Salesforce à Databricks, ajoutent leurs milliards. L'addition est spectaculaire. Elle masque aussi une réalité géographique : l'essentiel de ce capital est étranger — japonais, canadien, émirati, américain. La France offre le terrain, l'énergie et le cadre ; elle ne détient pas les infrastructures qui s'y construiront.

Le mur, c'est l'électricité

Voilà où le récit se complique. La part des centres de données consacrée à l'IA, marginale il y a cinq ans, dépasse désormais la moitié des projets et devrait continuer de grimper selon les analystes du secteur. Or un gigawatt promis en conférence n'est pas un gigawatt livré. Chaque site suppose un raccordement au réseau, une eau ou un air de refroidissement, des permis, et surtout une énergie disponible au bon endroit et au bon moment. C'est précisément là que la France dispose d'un atout que peu de pays européens peuvent aligner : un parc nucléaire qui offre une électricité pilotable et relativement décarbonée, argument central du discours de l'exécutif sur la compétitivité IA du pays. Mais cet atout a des limites physiques. Concentrer plusieurs gigawatts dans les Hauts-de-France suppose de renforcer le réseau, d'arbitrer avec les autres usages et d'absorber une consommation qui pèsera sur la trajectoire énergétique nationale. Entre l'engagement signé à Versailles et le serveur qui chauffe, il y a des années et un chantier électrique.

Souveraineté, le mot qui glisse

Reste le mot qui revient dans chaque communiqué : souveraineté. Il faut le manier avec prudence. Des centres de données bâtis sur le sol français, alimentés par de l'électricité française, mais financés et détenus par des fonds étrangers et loués en priorité à des modèles américains, cochent la case du territoire sans nécessairement cocher celle du contrôle. La souveraineté d'infrastructure — où tournent physiquement les calculs — n'est qu'une couche. Au-dessus, il y a la souveraineté des modèles, celle que défend Mistral en construisant sa propre capacité de calcul en Europe, et qui suppose de maîtriser non seulement les murs, mais ce qui tourne dedans. Les 93 milliards de Choose France sont une excellente nouvelle pour l'emploi et pour la place de la France sur la carte mondiale du calcul. Ils ne diront leur mot sur la souveraineté que le jour où l'on saura qui décide, in fine, de ce que ces machines auront le droit de faire — et pour qui.