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Google investit 13 milliards en Finlande et s'offre 22 ans de nucléaire pour l'IA
Google engage 13 Md€ en Finlande pour trois data centers dédiés à l'IA et signe son premier accord nucléaire hors des États-Unis. Son plus gros investissement européen.

Derrière chaque requête à Gemini, il y a désormais une centrale nucléaire finlandaise. Google a annoncé un investissement de 13 milliards d'euros en Finlande sur deux ans, son plus important engagement européen à ce jour, pour bâtir trois nouveaux data centers dédiés à l'IA et sécuriser l'électricité qui les fera tourner. L'opération illustre un basculement : pour les hyperscalers, la contrainte n'est plus le calcul, c'est l'énergie qui l'alimente.
Le grand froid finlandais comme argument technique
Une partie importante de l'enveloppe financera la construction de trois data centers dans le nord de la Finlande, où Google exploite déjà depuis quinze ans un site à Hamina, installé sur une ancienne usine de papier. Le choix du pays tient d'abord au climat : les températures basses réduisent les besoins de refroidissement, poste particulièrement énergivore quand les baies accueillent des serveurs d'IA. C'est le même calcul physique qui pousse toute la filière vers l'efficacité énergétique, jusque dans le silicium d'inférence à basse consommation que développent les puciers européens.
Selon Google, la phase de construction, prévue en 2027 et 2028, contribuerait en moyenne à hauteur de 3,6 milliards d'euros par an au PIB finlandais et créerait plusieurs milliers d'emplois. L'objectif affiché est de répondre à la demande croissante de Gemini, Search et Maps, dont les besoins en calcul et en stockage ne cessent de grimper.
Un contrat nucléaire de 22 ans, une première hors des États-Unis
Le volet le plus stratégique de l'annonce n'est pas immobilier mais énergétique. Google a signé avec l'énergéticien finlandais Fortum un accord de 22 ans portant sur une partie de la production de la centrale nucléaire de Loviisa. L'engagement est déterminant pour le site lui-même : sans le programme de prolongation de sa durée de vie, la centrale n'aurait pas pu fonctionner au-delà de 2030. C'est aussi le premier accord nucléaire de Google en dehors des États-Unis, un signal fort sur la façon dont les géants du numérique comptent garantir une énergie pilotable et décarbonée à leurs data centers.
Google ne mise pas que sur l'atome. Deux projets éoliens développés par Valorem et Suomen Hyötytuuli portent à 629 MW la capacité éolienne terrestre contractualisée par le groupe en Finlande, complétée par un système de batteries de 94 MW près de Kajaani, attendu fin 2027. L'assemblage — nucléaire de base, éolien variable, stockage — dessine le portefeuille énergétique type que réclame désormais un data center d'IA fonctionnant en continu.
Ce montage n'est pas propre à Google. Il révèle une transformation de fond du métier d'hyperscaler : les géants du numérique deviennent, de fait, des acheteurs d'énergie de premier plan, capables de conclure des contrats de vingt ans et de faire vivre ou mourir un actif de production. En s'engageant sur une durée aussi longue avec Fortum, Google internalise un risque — celui de la disponibilité électrique — que les fournisseurs de cloud sous-traitaient jusqu'ici au réseau. C'est le prix d'entrée pour garantir que les GPU tourneront sans interruption pendant la décennie où l'IA doit rentabiliser les centaines de milliards investis en amont.
Une facture électrique qui inquiète le pays hôte
Cette montée en puissance ne fait pas l'unanimité. Des partis d'opposition finlandais s'inquiètent de la capacité du réseau à absorber cette demande supplémentaire, et évoquent un risque de tensions sur l'approvisionnement et de hausse des prix pour les particuliers. Le gouvernement assure disposer de capacités suffisantes, mais le débat est révélateur : à mesure que les hyperscalers accaparent des blocs entiers de production — jusqu'à faire survivre une centrale nucléaire par un simple contrat d'achat — la question de savoir qui, du citoyen ou du data center, est prioritaire sur le réseau devient politique.
L'arbitrage finlandais préfigure celui qui attend le reste de l'Europe. Les capitaux affluent — Nvidia engrange 96 milliards de dollars par trimestre sur cette vague d'investissement — mais l'électron, lui, ne se lève pas aussi vite que le capital. La contrainte des prochaines années ne sera pas de trouver l'argent des data centers, mais les mégawatts pour les nourrir sans faire flamber la facture des ménages.