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Nvidia encaisse 96 milliards en un trimestre : l'IA est devenue une machine à cash

Nvidia a publié 96,2 milliards de dollars de revenus trimestriels, dont 89 en data centers, et guide vers 108 milliards. Ce que cela dit du boom du calcul.

Image d'illustration — ventilateurs de refroidissement de serveurs dans un data center
Image d'illustration — ventilateurs de refroidissement de serveurs dans un data centerPhoto : Winston Chen / Unsplash

Le chiffre a beau être attendu chaque trimestre, il continue de dérouter. Nvidia a publié des revenus de 96,2 milliards de dollars pour son deuxième trimestre fiscal 2027, clos le 26 juillet — en hausse de 106 % sur un an. Le fabricant de puces gagne désormais en trois mois davantage que ce que réalisent la plupart des grandes entreprises technologiques en une année entière. Derrière ce record, une bascule que résume son PDG Jensen Huang : le calcul n'est plus un coût, il est devenu du revenu.

Le data center porte tout, et il accélère

L'essentiel de la performance tient à un seul segment. Le data center a généré 89 milliards de dollars, soit environ 92 % du chiffre d'affaires total, en progression de 117 % sur un an. Autrement dit, la quasi-totalité de l'entreprise repose désormais sur la vente de systèmes destinés à entraîner et faire tourner des modèles d'IA — GPU, réseaux, racks entiers. Nvidia attribue cette dynamique au déploiement de son architecture Blackwell Ultra, qui pousse aussi bien les géants du cloud que les entreprises à accélérer leurs commandes.

La rentabilité suit le volume. La marge brute s'est établie à 75 %, un niveau que peu d'industriels du matériel atteignent, et qui traduit le quasi-monopole de fait de Nvidia sur les puces d'entraînement haut de gamme. Là où la concurrence — AMD, les puces maison des hyperscalers, les accélérateurs spécialisés — grignote des parts sur l'inférence, Nvidia conserve une position dominante sur le segment le plus cher et le plus stratégique.

Cette domination a une contrepartie que les investisseurs surveillent : la concentration client. Une poignée de géants du cloud — Microsoft, Amazon, Google, Meta, Oracle — pèse une part démesurée des commandes, si bien que le sort de Nvidia dépend des budgets d'investissement d'une dizaine d'acteurs. Tant que ces derniers maintiennent la course à la capacité de calcul, la mécanique tourne à plein. Mais toute inflexion de leurs dépenses se répercuterait immédiatement sur les carnets de commandes du fabricant, ce qui explique la nervosité des marchés à chaque publication trimestrielle, y compris quand les résultats dépassent, comme ici, toutes les attentes.

96,2 Md$
Revenus du trimestre (+106 % sur un an)
89 Md$
Revenus data center (+117 %)
75 %
Marge brute
108 Md$
Prévision de revenus pour le trimestre suivant

« Compute is revenue » : la thèse de Jensen Huang

La formule de Jensen Huang mérite qu'on s'y arrête. « L'IA a atteint son point d'inflexion. Elle fait un travail utile. Ses tokens sont productifs et rentables. Désormais, le calcul, c'est du revenu. Et la demande accélère », a déclaré le dirigeant. Le message adressé aux marchés est limpide : la vague d'investissements dans l'IA ne serait plus une pari spéculatif sur des usages hypothétiques, mais l'achat d'une capacité de production qui génère déjà des revenus chez les clients.

C'est aussi une réponse au débat récurrent sur une possible bulle. Tant que les entreprises qui achètent des GPU parviennent à monétiser les modèles qu'elles font tourner dessus, la dépense d'infrastructure se justifie. La prévision maison le confirme dans les actes : Nvidia guide vers 108 milliards de dollars de revenus pour le trimestre en cours, et précise que cette prévision n'intègre aucune vente de calcul data center en Chine — signe que la croissance vient d'ailleurs, malgré le plafond américain sur les exportations.

Ce que ces milliards disent de l'Europe

Pour un lecteur français, le chiffre le plus parlant n'est pas le revenu de Nvidia, mais ce qu'il implique en creux. Chaque milliard encaissé par le fabricant correspond à des dizaines de milliards investis par ses clients dans des centres de calcul — très majoritairement aux États-Unis. C'est précisément l'écart que l'Europe cherche à combler avec ses plans de gigafactories et de souveraineté du calcul, pour éviter que l'intégralité de son IA ne tourne sur des machines conçues et hébergées ailleurs.

Le paradoxe est que cette dépendance nourrit aussi l'écosystème européen : les « neoclouds » — ces opérateurs qui achètent massivement des GPU Nvidia pour les louer — se financent à coups de milliards, comme l'illustre le pré-IPO de Lambda. En clair, la manne trimestrielle de Nvidia mesure la vitesse à laquelle le monde s'équipe en calcul. La question ouverte, pour l'Europe comme pour les investisseurs, reste la même : combien de temps la demande peut-elle accélérer avant que les usages ne doivent, enfin, rembourser la facture.