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Nvidia investit dans Doctolib et trois start-up françaises d'IA
De passage à Paris, Jensen Huang annonce l'entrée de Nvidia au capital de Doctolib et de trois start-up françaises d'IA, dans une tournée européenne.

Jensen Huang n'était pas venu à Paris pour une simple visite de courtoisie.
Mardi, le patron de Nvidia a annoncé l'entrée du groupe californien au capital de quatre entreprises françaises : la plateforme de santé Doctolib, le logiciel de planification d'entreprise Pigment, la start-up franco-américaine de robotique Genesis AI, et Entalpic, qui applique l'IA générative à la découverte de matériaux pour la chimie. Aucun montant précis n'a été dévoilé pour ces quatre opérations, mais elles s'inscrivent dans un mouvement bien plus large : Nvidia a investi au moins 8 milliards de dollars en Europe l'an dernier et prévoit d'y consacrer 2 milliards supplémentaires cette année, selon les propos de Jensen Huang rapportés par l'Agence France-Presse.
Une étape dans une tournée européenne
Paris n'était que la première halte d'un déplacement qui doit mener le dirigeant à Londres, Stockholm puis Berlin. L'objectif affiché est de « lancer la révolution de l'intelligence artificielle en Europe », a-t-il déclaré lors d'un événement organisé dans la capitale française. Cette tournée fait suite à une séquence d'investissements déjà dense sur le continent : en septembre, Nvidia avait annoncé prendre le contrôle de la plateforme franco-américaine Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, confirmant sa stratégie de présence à tous les étages de l'écosystème de l'IA, par prises de participation, acquisitions ou garanties financières.
Doctolib, actionnaire minoritaire mais ambition entière
Nvidia deviendra actionnaire minoritaire de Doctolib, sans siège au conseil d'administration, a précisé à l'AFP Stanislas Niox-Château, le patron de la plateforme de prise de rendez-vous médicaux. L'apport financier doit permettre d'accélérer les recrutements et le développement des modèles d'IA propres à l'entreprise, indépendamment des géants du secteur comme OpenAI ou Anthropic. Doctolib s'appuiera sur les puces, la puissance de calcul et les logiciels ouverts de Nvidia pour construire, selon ses mots, « une IA souveraine entraînée à partir de nos modèles, de nos données, et contrôlée par nous ». L'enjeu est direct : l'entreprise veut généraliser d'ici 2027-2028 un assistant personnel de santé pour les patients, ainsi que des outils destinés aux soignants pour les tâches administratives comme cliniques.
Un terrain déjà sensible sur les données de santé
Ce rapprochement intervient dans un contexte où Doctolib est scrutée de près sur l'usage de ses données. L'entreprise a lancé en août un programme de recherche exploitant les informations personnelles de ses 50 millions d'utilisateurs, censé améliorer les parcours de soins grâce à l'IA — une initiative qui a suscité une levée de boucliers, notamment de la Ligue des droits de l'Homme. L'arrivée de Nvidia au capital, et l'ambition affichée d'une IA « souveraine », ne dissiperont pas mécaniquement ces inquiétudes : la question de savoir qui contrôle réellement les modèles entraînés sur des données médicales sensibles reste entière, quelle que soit l'infrastructure matérielle utilisée pour les faire fonctionner.
Trois profils différents, une même logique d'écosystème
Les trois autres participations dessinent une stratégie moins centrée sur un seul secteur que sur la constitution d'un maillage de dépendances technologiques. Genesis AI, positionnée sur l'IA pour la robotique, et Pigment, qui vend un outil de planification d'entreprise dopé à l'IA, relèvent de marchés très différents de celui de Doctolib. Entalpic, de son côté, mise sur l'IA générative appliquée à la découverte de nouveaux matériaux industriels — un segment de recherche appliquée où plusieurs laboratoires européens tentent de se positionner face aux géants américains et chinois. En multipliant les prises de participation minoritaires plutôt que les rachats complets, Nvidia s'assure une influence diffuse sur plusieurs pans de l'écosystème français de l'IA, sans en assumer le contrôle opérationnel ni la responsabilité directe.
Ce que cela dit de la stratégie européenne de Nvidia
Pour l'instant, le récit de la « souveraineté numérique » portée par ces investissements mérite d'être nuancé : les puces, les plateformes logicielles et, dans le cas de Hugging Face, l'infrastructure de distribution des modèles open source restent sous influence américaine, même quand les données et les équipes sont françaises. L'argument de Nvidia — investir « dans chaque couche de l'infrastructure de l'intelligence artificielle en Europe », selon la formule de Jensen Huang — relève autant d'une logique commerciale d'ancrage marché que d'un soutien désintéressé à l'autonomie technologique du continent. Reste à voir si les prochaines étapes de la tournée, à Londres, Stockholm et Berlin, confirmeront ce même schéma d'investissements ciblés dans des entreprises déjà bien installées localement.