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Secrets industriels : OpenAI demande le rejet pur et simple de la plainte d'Apple
OpenAI a déposé une motion de 31 pages pour faire rejeter la plainte d'Apple pour vol de secrets industriels. Audience clé fixée au 1er octobre.
Le bras de fer judiciaire entre Apple et OpenAI vient de franchir une étape. OpenAI a déposé le 5 août une motion demandant le rejet de la plainte pour vol de secrets industriels engagée par Apple contre l'entreprise et deux de ses anciens salariés passés chez le créateur de ChatGPT. Dans ce document de 31 pages, les avocats d'OpenAI attaquent la plainte sur le fond comme sur la forme, la qualifiant de « pourrie jusqu'à la racine ».
Sur le terrain juridique, l'argumentaire est classique mais frontal : selon OpenAI, Apple ne décrit pas avec la précision requise les informations qu'elle qualifie de secrets industriels, ne démontre pas qu'elle détient un secret protégeable, et n'allègue de façon plausible aucun détournement par les personnes visées. Apple accuse notamment les recruteurs d'OpenAI d'avoir utilisé des entretiens d'embauche pour soutirer des informations confidentielles à ses ingénieurs — une pratique que la motion conteste en bloc.
Une motion écrite pour être lue par le public
Le ton du document dépasse largement le registre procédural. « OpenAI n'a ni usage, ni besoin, ni désir des secrets d'Apple. OpenAI construit quelque chose d'entièrement nouveau et différent de tout ce qui existe chez Apple », écrivent les avocats, selon la dépêche reprise par la presse américaine. La motion retourne l'accusation en récit industriel : Apple chercherait à compenser par le contentieux ses difficultés à retenir ses talents et à intégrer l'IA dans ses produits. Selon Quartz, les variantes du mot « fail » apparaissent près de cinquante fois dans les 31 pages.
« Apple ne devrait pas être autorisée à utiliser une plainte sans fondement et prétextuelle pour rattraper ses échecs sur le marché des talents et son incapacité à intégrer l'IA dans ses produits. »
Avocats d'OpenAI, motion déposée le 5 août 2026Cette théâtralisation n'est pas gratuite : dans les affaires de secrets industriels de la tech, la bataille de l'opinion — investisseurs, salariés, candidats au recrutement — compte presque autant que celle du prétoire. Pour OpenAI, il s'agit d'installer l'idée que la plainte relève de la guerre des talents, pas de la protection de la propriété intellectuelle.
Un contentieux qui cohabite avec un partenariat
L'affaire a ceci de singulier qu'elle oppose deux entreprises par ailleurs partenaires : l'intégration de ChatGPT dans Siri continue de fonctionner normalement sur les iPhone pendant que leurs services juridiques s'affrontent. Cette cohabitation entre coopération produit et guerre judiciaire devient une figure récurrente du secteur, où chacun est à la fois client, fournisseur et rival de chacun.
Sur le fond, le dossier illustre la tension structurelle du marché du travail de l'IA. Les laboratoires se disputent quelques milliers de spécialistes à coups de rémunérations record, et la frontière entre expertise générale — que le droit américain protège comme liberté de circulation des travailleurs, particulièrement en Californie — et secret industriel — que les entreprises peuvent défendre en justice — n'a jamais été aussi disputée. La même semaine, le départ de Jeff Dean et de trois figures de Google vers une nouvelle structure indépendante rappelait que la mobilité des chercheurs redessine en permanence l'équilibre concurrentiel du secteur.
Ce qui se joue le 1er octobre
La prochaine échéance est fixée : une audience le 1er octobre déterminera si la plainte est rejetée, amendée ou maintenue en l'état. Un rejet serait un revers cinglant pour Apple, qui a fait de ce dossier un signal adressé à ses équipes autant qu'à ses concurrents. Un maintien ouvrirait au contraire une phase de découverte des pièces potentiellement inconfortable pour OpenAI, dont les pratiques de recrutement seraient exposées au dossier.
Pour l'écosystème, l'issue fera jurisprudence de fait : si des entretiens d'embauche peuvent fonder une accusation de détournement de secrets, les processus de recrutement de tout le secteur devront être repensés — cloisonnement des questions techniques, avocats en filigrane de chaque entretien senior. La guerre des talents de l'IA, jusqu'ici réglée à coups de millions de dollars, se réglerait alors aussi devant les tribunaux.
Méthode — Sources : motion déposée par OpenAI, dépêches Reuters/Bloomberg et couverture presse — consultées le 11 août 2026.